Y a trop d'artistes!


Un exercice sur le "trop" au 21e siècle:


Image

Manifestation à Bruxelles le 22 janvier 2006, départ place Van Meenen


Lien d'édition secret: http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/anonymous-edit/204684:GpA-2tqKxroK8cBUTmGHVXD1g-o

Concept

Chaque homme est un artiste. C’est même là ma contribution à « l’histoire de l’art ».Joseph Beuys

« Trop d’artistes? Ça va pas la tête? »

- un dialogue postiche -

Image

Sans rire, alors qu’on réclame plus de subsides pour la culture, manifester contre la soi-disant surabondance des artistes ne me paraît pas judicieux.

– « trop d’artistes ! » et « pas assez de subsides ! » ne sont pas contradictoires. Mais ne mélangeons pas toutes les questions.

Sérieusement, vous estimez qu’il y a trop d’artistes ? Sommes-nous vraiment de trop ?

– D’abord, une manifestation qui réclame moins de quelque chose plutôt que plus, c’est rafraîchissant. Si, de surcroît, c’est des artistes qui défilent en nombre pour dire qu’ils sont trop nombreux, ça devient franchement farfelu. Tendance maso débridée. On va bien rigoler... J’espère !

Mais pourquoi les artistes et pas... les plombiers par exemple ?

– Les artistes ne sont pas encore des plombiers, mais ils sont en bonne voie : si la question du « statut de l’artiste » se pose, c’est qu’être artiste tend à devenir une profession parmi d’autres. Or l’art n’a jamais été une activité comme une autre.

Ça sent un peu la nostalgie élitiste, votre histoire...

– Ah oui ? Chacun son odorat… Et puis, rejeter une idée pour son odeur... C’est subjectif, une odeur...

D’accord. Discutons plus loin que le bout de notre nez : que l’art se démocratise n’est pas réjouissant ?

– Je relève juste un paradoxe. Si tout le monde fait de l’art, celui-ci change de nature. Si on consulte tout le monde sur tout, c’en est fini de la politique. Si tout le monde va à l’université, c’est la pagaille assurée. Bref, si tous les louables idéaux d’émancipation indiquent la direction à prendre, il y a des effets pervers, ou à tout le moins inattendus, si on s’en rapproche « trop ».

On est loin du compte, rassurez-vous ! Les artistes restent clairement des privilégiés.

– Vous ne me le faites pas dire !

Mais alors il faudrait plutôt dénoncer le fait qu’il n’y a pas encore assez d’artistes !

– Pourquoi pas ? Ce serait une autre manifestation… sachant qu’on risque fort, en disant qu’on est trop peu nombreux, de sombrer dans la pire démagogie racoleuse, sur le thème « Tout le monde il est beau, tout le monde il est artiste ».

Certes, mais en disant qu’on est trop nombreux, on suggère qu’une sélection des artistes s’impose. Et qui pourrait en définir les critères ? C’est prêter le flanc à toutes les dérives !

– Deux commentaires. Qu’une action ait toutes les chances d’être interprétée de travers ne préjuge pas de son intérêt. La manif est une performance et l’art n’est pas de la pub. Deuxièmement, le vrai coup de force, au contraire, serait d’arriver à suggérer qu’une sélection, quelle qu’elle soit, n’entamerait en rien le trop.

Mais c’est quoi, le trop ?

– À l’ère libérale qui nous gâte les neurones, le trop se définit toujours par un excès de l’offre sur la demande. Mais ce n’est évidemment pas ce...

Ah, je vois ! La manif, c’est pour soutenir les prix. Trop d’artistes, ça nous casse le marché !

– On n’observe aucune baisse des prix, preuve que le « trop d’artistes » ne vise pas un excès de l’offre.

Un excès de quoi, alors ?

– D’artistes.

Je ne comprends plus.

– Bienvenue au club. Le fond de la difficulté, je crois, est de penser un pur « trop », un trop qui ne définisse pas simultanément un programme d’écrémage... Je réfléchis tout haut...

Ça s’entend !

– Une idée sous-jacente peut-être à tout cela : on passerait aujourd’hui de la fameuse « société de consommation » à la société de production, ou de surproduction. Ce ne serait plus consommer qui serait « problématique », ou « discutable », qui nous rendrait « complice » du système, mais produire… La « contestation » du système passerait par produire moins, ou en tout cas autrement...

Allusion à la surproduction artistique qui tombe dans le vide ?

– Ce vide n’est pas plus criant qu’avant... Non, de nouveau, produire moins ne répond pas à une faiblesse de la demande... Je me répète, le « trop » est à considérer indépendamment de tout « marché », de l’art en l’occurrence… Le « trop » invite plutôt à repenser le concept de « pollution », en dépassant le point de vue strictement écologique. Surproduction rime moins avec dégâts environnementaux qu’avec saturation !

OK, va pour votre « société de surproduction ». Mais il y a dans ce cas trop de tout, pas seulement d’artistes !

– Commençons par balayer devant notre porte.

Je commence : la manif-performance n’est-elle pas une production artistique de plus ?

– À fond !

Vous naviguez donc en pleine contradiction !

– C’est plutôt bon signe, non ? Enfin une manif qui pose plus de questions qu’elle n’assène des certitudes !... Enfin une manif qui ne revendique rien... sinon le droit de se mordre la queue !

Ouais... Une conclusion pour la route ? J’ai un robinet qui fuit.
– Ce ne sont pas les artistes qui sont en cause. Ce qui a changé, c’est que le système produit des artistes, ne se borne plus à s’en accommoder. Il les instrumentalise aussi, n’essaie plus de les récupérer par la bande.

Il est plutôt de bon ton de dire que le système produit des exclus !

– L’un n’empêche pas l’autre.

Ça se discute.

– C’est ce qu’on est en train de faire… Une bonne manif, c’est discuter avant et s’éclater pendant.

Et après ?

– Après, c’est plus comme avant !

Très profond... Dites-moi, vous ne connaîtriez pas un bon plombier ?

– Mon voisin. Un type super. Travail soigné, précis, minutieux. Un vrai artiste !

ARGUMENTS


Pétition

Oui ! Je pousse haut et fort, en âme et conscience, envers et contre toute bienséance, le cri: « Y a trop d'artistes » !

Profession/Occupation*:

*champs obligatoires


Préliminaires

Performance artistique en forme de manifestation pacifique, voire festive.

Concept

Une vraie manifestation, avec forces de l’ordre, campagne d’affichage, tintamarre, calicots, tracts, communiqué de presse et confrontation des chiffres des organisateurs et de la police. La performance s’inscrit donc dans le courant hyperréaliste américain des années 1960… tout en le décalant vers l’absurde effronté. En effet, ce sont EXCLUSIVEMENT des artistes en front commun qui défilent gaiement dans la rue pour dénoncer leur surnombre.

Clé

Les calicots, slogans et autres mots d’ordre s’attaquent exclusivement au nombre excessif d’artistes, sans la moindre allusion à quelque critère de sélection éventuelle que ce soit. On ne mentionne pas davantage en quoi cette surabondance serait dommageable. On évite également soigneusement de définir ce qu’est un “artiste”. N’est revendiqué que le droit de ne pas pulluler. Et de poser une une vraie question politiquement incorrecte.

Objectif

S’amuser, divertir, dérouter et ruer dans les brancards bien pensants …en épinglant un paradoxe inhérent à toute ambition démocratique, dans le cas exemplaire de l’art : il est un seuil au-delà duquel le nombre croissant d’artistes n’est pas sans affecter la nature même de l’ « art ». Plus généralement, il s’agit de proposer une réflexion sur le « trop » aujourd’hui.

Défi

Ne pas passer pour une bande corporatiste de joyeux décadents irresponsables, désoeuvrés, élitistes, vaniteux, désespérés et réactionnaires.

Ambition

Relever le défi ci-dessus.

Succès garanti

Si les artistes viennent en masse, cela prouvera qu’ils sont trop nombreux. S’ils sont clairsemés, cela ajoutera à la cocasserie de la scène puisqu’ils manifestent contre leur surnombre.

Interactivité

Les artistes qui ne portent pas de banderoles abordent les passants interloqués, leur exposent le but de la manifestation et, surtout, les invitent à signer un document aux termes duquel ils s’engagent sur l’honneur à renoncer définitivement à toute activité artistique (s’ils sont artistes) ou à ne jamais entreprendre semblable activité (s’ils ont coché la case « Je ne suis pas artiste »). Un diplôme leur sera ensuite envoyé en souvenir de leur engagement solennel.

Sponsoring

Une banderole inattendue remercie de son soutien l’une ou l’autre entreprise de fournitures artistiques.

Rêve

Réitérer annuellement l’événement, sur un autre thème, si la première édition est concluante, après la constitution de MANIFESTEMENT, collectif intempestif manifestant sans folklorisme.


Contributions théoriques et artistiques

Artistes: rejoignez-nous! On n'est jamais trop nombreux... pour montrer qu'on l'est!

Robert De Niro montre l'exemple

À la place van Meenen depuis la nuit des temps

Le trop par les chiffres

Même Jean Volders mobilise son avenue

Portrait de l'artiste en royal aquarelliste

Déjà en 1983, Sempé s'émouvait prophétiquement du trop-plein d'artistes

La loi de l'art et du temps (en Belgique)

Un « classique » toujours d'actualité

Manifs bruxelloises : bref historique

Veuillez agréer la manifestation de l’assurance de mes sentiments circonspects

AA : Artistes anonymes

Pourquoi on a fait ça ?

« Y a trop d'artistes ! » est un constat partagé par beaucoup, à l'intérieur comme à l'extérieur du milieu artistique, et il n'est pas étranger à la nature de l'art tel qu'il se pratique aujourd'hui, tant politiquement que socialement, notamment du fait de l'interventionnisme étatique galopant.Mais ce constat est le plus souvent proféré sous le manteau, l'effet de l'alcool ou le couvert de l'anonymat. En effet, résolument controversé, il ne peut, par la force des choses énoncées, faire l'unanimité. Il a en revanche le mérite d'ouvrir un débat, où la forme (une manifestation d'artistes) importe autant que le fond (l'exclamation : « Y a trop d'artistes ! »).Pour ne prêter le flanc à aucune récupération, surtout « bien intentionnée », pour ne donner lieu qu'à des malentendus passionnants, des contradictions insurmontables, des paradoxes prometteurs, une incompréhension poétique, bref, pour n'être suspecte de rien d'autre qu'elle-même, la profération du constat se devait d'émaner officiellement d'artistes déclarés ou prétendus tels. Mais « tout le monde est artiste » de nos jours...

  • Brandir le constat jusque dans la rue, avec force banderoles et cris de ralliement, expose, en outre, à des plaisirs rares et variés, lesquels soulèvent autant de questions délicates, voire enthousiasmantes :
  • prendre à rebrousse-poil l'époque des replis identitaires et corporatistes, qui n'épargne pas les artistes
  • lancer un pavé dans la mare démocratique, bien-pensante et radoteuse, en problématisant l'égalitarisme de rigueur
  • faire de la manifestation un (nouveau ?) genre de pratique artistique
  • s'essayer aux slogans, comme genre littéraire
  • prendre de vitesse la nouvelle norme du politiquement incorrect
  • découvrir que le « Trop d'artistes ! » est une exclamation ancienne et, qui plus est, inhérente à la démocratie
  • aborder la problématique du « trop » en général aujourd'hui, comme forme d'« obésité » occidentale, à travers le prisme de l'art
  • tenter un pur « dire », c'est-à-dire lancer un cri qui ne soit pas en même temps un programme
  • poser une question politique insoluble, c'est-à-dire pour laquelle il n'y a de réponse que poétique, absurde et joyeuse, en un mot : féroce
  • pousser le désintéressement irresponsable jusqu'à se « dénoncer » soi-même
  • pousser le cynisme jusqu'à menacer de déposer la marque « Y a trop d'artistes ! » ®
  • se retrouver entre artistes sur une base 100% rafraîchissante garantie
  • réfléchir à tout ce qui précède
  • l'avoir fait dans la bonne humeur
  • le répéter ailleurs… juste pour montrer que le grand art n'a pas attendu le grand capital pour jouir au mot de délocalisation…

Délocalisation à Marseille et Paris !

À Marseille, le 30 septembre 2006 les RENCONTRES PLACE PUBLIQUE ont accueilli chaleureusement la manifestation « Y a trop d'artistes ! », laquelle s’est étirée dans la consternation générale de La Charité jusqu’à La République, sommant les badauds à refouler leurs penchants artistiques et à massacrer La Marseillaise, efficace mise en jambes, en voix et en condition pour le grand débat ouvert organisé peu après au club de jazz le « Pelle Mêle » (sic) avec des interventions discordantes de Françoise Benhamou (économiste), Nathalie Heinich (sociologue), Stephen Wright (critique), Patrice Maniglier (philosophe) et Laurent d'Ursel (artiste), sous l’œil malicieusement muet de l’organisateur, Jacques Serrano, qui a édité une belle affiche pour l’occasion.

Le lendemain matin, dans le TGV Marseilles-Paris, le Collectif MANIFESTEMENT a regardé les photos de la veille, puis a distribué force tracts et fait chanter La Marseillaise à tous les passagers mi-époustouflés, mi-terrorisés, histoire de se remettre en train car…à Paris, le 1er octobre 2006 LA BIENNALE DE PARIS allait ouvrir sa quinzième édition par la manifestation « Y a trop d'artistes ! », laquelle, après d’homériques négociations avec les forces de l’ordre, allait tourner en rond autour et au pied du génie de… La Bastille et en grand nombre, comme l’attestent les photos, puisque, grâce à une aide de la Communauté française de Belgique, un autobus avait été affrété à Bruxelles pour gonfler les rangs des artistes belges à la manifestation de Paris !

Tract parisien

Artistes d'un jour!
Artistes dune heure!
Artistes d'une vie!

Rejoignez-nous!

On n'est jamais trop nombreux…
pour montrer qu'on l'est!

Cet après-midi 1er octobre 2006
à 15h place de la Bastille

performance
sous forme de
manifestation
"Y a trop d'artistes!"
en ouverture de la 15ème Biennale de Paris

Archive du site www.tropdartistes.be


Hymne

Hymne de l'artiste surnuméraire (sur l'air bien connu de la Vie en rose)

Y a pas à dire j'en ai tout l'air :
Un vrai artiste jubilatoire,
Je suis beau, vain et dérisoire,
Heureux d'être surnuméraire !

Quand la Muse me parle tout bas,
Qu'elle cesse son cinéma,
Je me métamorphose !
Elle dit qu' l'art fait pas le moine,
Qu'on croule sous l'patrimoine,
Que tout est overdose !
Elle prend mon plus beau dessin,
L'écrase entre ses seins :
C'est ça l'apothéose !
" Oui, c'est comme ça aujourd'hui, tout abonde,
Riche et obèse, démago ou immonde ! "
Et dès qu' j'ai entendu ça,
J'ai vu dans mon miroir
L'artiste en trop !

Des nuits d'travail à en mourir,
Des chefs-d'oeuvre partout qui bouillonnent,
Tous mes rêves de gloire se bidonnent :
Beau, vain, à plus finir !

Quand la Muse me parle tout bas,
Qu'elle cesse son cinéma,
Je me métamorphose !
Elle dit qu' l'art fait pas le moine,
Qu'on croule sous l'patrimoine,
Que tout est overdose !
Elle n'est certes jamais chiche
Et d'elle tout l' monde s'entiche :
Bien sûr que ça s'arrose !
" Oui, c'est comme ça aujourd'hui, tout abonde,
Riche et obèse, démago ou immonde ! "
Et dès qu' j'ai entendu ça,
Je suis dev'nu artiste,
Dev'nu en trop...

(Ne pas chanter sur la voie publique)


La bouille à baise! (sur l'air bien connu de La Marseillaise)

Allons, enfants! Allons, artistes !
Tous nos espoirs sont saturés !
On a beau faire les fantaisistes ,
Le grand art gît, là, étouffé ! (bis)
Tremperons-nous dans le champagne
Le sexe, le concept et le trop ?
Ils viennent, les glaçons plein le seau,
Libérer notre œuvre : notre bagne !

Vacarme phocéen / parisien !
Conforme paillasson !
La Muse, flattons !
Qu'une joie impure
Abreuve son sillon !

Allons, ego sujet au spleen,
N'hésit' pas à te suicider :
Elle débord', pire : elle dégouline,
La croup' de la postérité ! (bis)
Du cambouis de la masse grouillante
Tu voulais sortir avec classe ?
Mais de tout la Beauté est lasse
Comme de ceux que la gloire tente !

Vacarme phocéen / parisien !
Conforme paillasson !
La Muse, flattons !
Qu'une joie impure
Abreuve son sillon !

(Ne pas chanter sur la voie publique)

SLOGANS

Un vrai artiste est un artiste de trop.

Que l’artiste qui ne se sent pas de trop se jette la première pierre ! (il changera vite d’avis)

Cette pléThore d’aRtistes inflige un camOuflet aux adePtes de la pantoufle !

Et l’art de ne rien faire, y avez-vous songé ? À l’ère de la mondialisation, avoir du génie n’est plus une excuse pour faire de l’art !

Artistes ! Ne comptez pas sur Darwin : procédez à votre propre sélection artificielle ! Beaucoup d’appelés, Trop d’élus !

La quadrature du cercle Le verbe assister est de gauche mais le nom assisté est de droite.

Dans corporatisme, il n’y a pas art... mais rat !

Manifester contre les artistes pullulants, c’est poursuivre la grève de la fin de l’art par d’autres moyens !

L’art ne dérange plus. Est-ce une excuse pour rentrer dans le rang, c’est-à-dire grossir les rangs des mécontents? ÉVIDEMMENT!

- La volonté d’être scandaleux se mord obligatoirement la queue.

- Ça en dit long sur le désir qui la sous-tend!

L’ART POUR TOUS, C’EST L’ARISTOCRATIE À LA CARTE !

Cracher dans la soupe ? Pourquoi pas ? Pourvu que ça lui donne du goût...

Au pire, la manifestation dégénèrera en une authentique fête désintéressée !

« Trop d’artistes ! c’est le cri de détresse de la critique, inquiète de l’extraordinaire fécondité de l’époque. » in F. Benoît, l’Art français sous la Révolution et l’Empire. Genève, 1897, p.243.

Au XIXe siècle, c’est l’invention de la peinture en tube qui a fait exploser le nombre de peintres. Au XXIe siècle, c’est... les allocations de chômage ! « TOUT EST ART ! » ET L’ART DE SE TAIRE ?

- Quelque part, si la manifestation devait avoir lieu, ça devrait être sans la bénédiction de la commune, de la police, de respectables institutions culturelles, de...

- Je t’interromps. La manifestation aura précisément lieu quelque part : place Van Meenen!

Jusqu’où pousser l’impunité de l’art ? Jusque dans ses derniers retranchements ! La marginalité est la posture artistique par excellence. L’imposture est ailleurs. Le statut de l’artiste, c’est l’art inscrit dans la loi. Mais la fatalité se décrète-t-elle ?

La manifestation sera un modèle d’entreprise transgressive si elle ne devient pas prétexte à... s’éclater, braver le froid, sortir les enfants, tuer l’ennui le dimanche en hiver, se retrouver entre soi, dire qu’on en a été, exhiber sa créativité, satisfaire sa curiosité, se faire de nouveaux amis, un chouette souvenir, voire une nouvelle ligne dans le cv. Donc elle n’aura pas lieu. Ouf!

À quand un lobby des fonctionnaires de la subversion subsidiée ? Mais un lobby décalé, impertinent, subversif, bref : « artistique », s’il vous plaît !

- L’art est élitiste par définition !

- Choisissez une moins haute définition !

« Et la Muse, elle est syndiquée au moins ? »

Si la démocratie n’était pas devenue une religion, l’art ne connaîtrait pas une crise des vocations... surnuméraires !

DANS « Y A TROP D’ARTISTES ! », L’ESSENTIEL, C’EST LES GUILLEMETS. Ceci n’est pas une manifestation... puisque c’est une performance !

- Profession : artiste.

- Et ta soeur ?

- Idem.

L’artiste qui défile en hurlant : « Y a trop d’artistes ! » ne se défile pas au moment critique.

- Au fond, c’est une manifestation sans illusion.

- Sauf celle-là.

- Concevoir, créer et peaufiner le site

www.tropdartistes.be n’aurait pas suffi ?

- Peut-être.

Toute manifestation est-elle performative ? CONCRÈTEMENT : suffit-il de hurler « Y a trop d’artistes ! » pour que ce soit le cas ? On peut rêver... L’artiste se savait secrètement nécessaire... et voilà qu’on le décrète tout d’un coup utile, c’est-à-dire socialement rentable ! On va se laisser faire ?

Et quand le mot « artiste » sera péjoratif, on feindra la stupeur?

1 performance + 1 manifestation = 1 performanif !

Le trop-plein d’artistes est une forme d’obésité typiquement occidentale Manifestement, il y a trop d’artistes... Eh bien, mani...festoyons ! Avoir trouvé un lieu pour une MANIFESTATION utopique, voilà la PERFORMANCE !

Oui ! la question du « trop » est forcément politique !

« Le droit de manifester et le devoir... d’être artiste ? » Et puis quoi encore ? Après la journée sans voiture (18 septembre), la journée sans tabac (31 mai), la journée sans achat (26 novembre), la journée sans télé (4 décembre), la journée sans microbe (16 janvier), la journée sans que + subjonctif (17 juillet), la journée sans artiste (22 janvier) !

Si manifester servait à quelque chose, l’accès à l’art aurait été verrouillé depuis longtemps. Donc... ? Ne pleurnichons pas ! De tout temps, les artistes et l’État ont fait bon ménage à trois... Exiger un statut de l’artiste, est-ce le remède ou le symptôme ?

La locution « Trop, c’est trop ! » remonte à 1678 ! C’est dire !

Si « Y a trop d’artistes ! » était une entreprise de séduction, qui en serait la victime ? « Cet artiste ? Il est vraiment trop... » (sans commentaire)

- Vous manifestez sans conspuer la ministre de tutelle ?

- Nous ne performons sous la tutelle de personne. Nuance !

« Y A TROP D’ARTISTES ! » OU « Y A TROP DE GENS ! » ? À partir de combien de mots une manifestation devient-elle littéraire ?

Manifester, c’est assouvir publiquement une pulsion autobiographique Le principe d’art, chimère entre toutes Tout artiste plongé durablement dans un liquide propice subit une poussée virtuelle préventive, dirigée de haut en bas, égale (voire supérieure) au vide du fluide déplacé (ou non) et appliquée d’office au centre de gravité de son art. « Y a trop d’artistes ! » ® est une marque déposée délicatement sur la table de nuit d’un insomniaque hilare

L’art n’est pas un long flux tranquille. Or l’essentiel procède du superflu. Donc tout artiste est redondant.

Devenir artiste ? Vous n’y pensez pas.

SI LES ARTISTES ÉTAIENT DES TRAVAILLEURS COMME LES AUTRES, ÇA FERAIT LONGTEMPS QU’ILS SERAIENT PARTIS EN GRÈVE !

La surabondance des artistes démontre l’impasse de la démocratie.

Moins d’artistes vaut mieux que d’eux tu l’auras dans l’os par-dessus le marché !

L’art touche à sa propre limite au beau milieu de la manifestation !

Superfétatoire remonte au verbe superfetare, formé du latin classique super « par-dessus » et du latin impérial fetare « féconder », « faire des petits », dérivé de fetus « grossesse », « ponte », « portée ». La superfétation désigne donc la fécondation de deux ovules, s’opérant en deux coïts dans des périodes d’ovulation différentes.

Vous connaissez un artiste ? Perdez connaissance !

Faites l’amour ! Pas de l’art !

Foin du statut ! Un numerus clausus ! Un tirage au sort !

De la postérité la croupe est pleine !

TROP D’ART ! TROP TARD ! LA SOLUTION : Faire d’un piquet de grève... une installation artistique !

Trop d’artistes tuent pas assez d’artistes ! Faites l’intéressant, le nébuleux, le guignol, l’autiste, le délicat, le profond, le fantasque, l’inspiré, l’original, l’héroïque, l’abscons, la pute, le bohême, l’insouciant, le précurseur, l’insupportable, l’imprévisible, l’insondable, le tourmenté, l’iconoclaste, l’extravagant, l’ultra-sensible, le provocateur, l’insoumis, l’incompris, l’imbécile, l’invendable... mais Surtout pas l’artiste!

Dans le doute, abstenez-vous ! Dans la certitude, interrogez-vous ! Dans le décor, volatilisez-vous !

« Tout le monde est artiste. » Au secours !

L’art sent le bouchon... Tout s’embouteille... Même la cohorte des artistes ivres de soi...

Trop, c’est pas encore... assez ! PROFUSION I. Abondance, ampleur, débauche, débordement, démesure, encombrement, excès, flot, foison, foisonnement, foule, largesse, libé-ralité, luxe, luxuriance, masse, multiplicité, orgie, prodigalité, pullulement, superflu, superfluité, surabondance. II. Loc. À profusion : à foison, à gogo (fam.), en pagaille (fam.), à vomir (péj.). Dictionnaire des synonymes, p.548-549.

Plus d’artistes ou plus d’artistes ? Ça revient au même ! Au croisement de l’art la loi des grands nombres emboutit l’aile de la gravité.

Artiste rime avec kyste !

Les droits de l’art ignorent le devoir des hommes. « Y a trop d’artistes ! » Litote, hyperbole ou antiphrase ?

Artiste cherche modèles de solution de repli sur soi.

Trop et troupeau sont étymologiquement apparentés !

Un artiste sommeille en vous ? Continuez à le rêver ! L’art, ça tue pas... mais l’art sature !

De la baignoire de l’art le trop-plein est bouché !

Toutes les 3,81 secondes, quelque part dans le monde, quelqu’un se découvre artiste... En art comme en plein soleil l’excès nuit. Pour plus de détails, voir : L’Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, par Nathalie Heinich. Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2005.

Si l’art était un passe-temps, la vie serait éternelle. L’art ne peut pas accueillir tous les artistes du monde !

Trop est-il un adverbe vraiment anonyme ?

Le droit d’être artiste ou le devoir de faire des chefs-d’œuvre ?

« Y a trop d’artistes ! » est un exercice d’ insanité post-démocratique. Pourquoi la Communauté française de Belgique, en charge de la culture pour les francophones de Belgique, a-t-elle soutenu financièrement la délocalisation en France de la manifestation « Y a trop d’artistes ! » Parce qu’elle veut faire des économies, pardi ! L’indigestion menace depuis que l’art est mis à toutes les sauces!

Le but de l’art est de créer des inégalités.

V.B. Chklovski (1893-1984)

« Bientôt, il y aura de plus en plus d’artistes et de moins en moins d’hommes. »

Guy Debord, cité par Marc Voiry sur les marseillaises ondes de Radio Grenouille.

AVIS AUX PANTOUFLARDS DE L’ART : Les pieds dans le plat sont toujours nus !

La seule des 140 galeries estampillées « art contemporain »  à soutenir la performance sous forme de manifestation « Y a trop d’artistes ! » : Galerie « Les Contemporains » - + - 0 - galerielescontemporains (arobase) skynet.be  18, rue de la Croix, 1050 Bruxelles

Les artistes qui se savent en trop se rêvaient exaspérants... La dernière histoire belge Depuis que l’État pousse sa peur d’être en retard sur l’art jusqu’à soutenir, financer, voire organiser sa propre contestation, le désir inavouable de l’artiste d’être « récupéré » laisse la place à la peur d’être le dindon de sa propre farce ! EXEMPLE : Et si, en subsidiant la délocalisation en France de la manifestation-performance « Y a trop d’artistes ! » du Collectif MANIFESTEMENT, la Communauté française de Belgique, en charge de la culture, ne sciait pas la branche sur laquelle elle est assise mais celle sur laquelle elle a assis le Collectif en lui accordant son subside ? Ceux qui sont plus égaux que d’autres ne sont pas moins en trop que les autres !

On est tous en trop devant la loi de l’art

En anglais, « manifester » se dit to demonstrate. Qu’ il « Y a trop d’artistes ! » est donc démontré !

Depuis que l’art embauche,... c’est une débauche... d’artistes qui concourt à l’orgie culturelle contemporaine !

LE PROBLÈME DE L’OEUF ET DE LA POULE : L’art n’est plus une pathologie personnelle fonctionnant comme antidote à la vie pour des marginaux indécrottables. ET L’art dégage de plus en plus une atmosphère de « Unité soins palliatifs : journée porte ouverte ! »

La joie est le moment où l’art s’invite dans la manifestation Artistes, rejoignez-nous : On n’est jamais trop nombreux... pour montrer qu’on l’est !

SALMIGONDI

Les photos de la manif

Le film de la manif

(à venir)

Soutiens, sponsors et collaborateurs

Bilan, suites et retombées

Poétique, iconoclaste, post-démocratique, hilare, la manifestation «Y a trop d'artistes!» a bien eu lieu le 22 janvier 2006 malgré une météo clémente, un porte-voix déficient et des forces de l'ordre en nombre.
Estimation du nombre de participants:
113, compte non tenu des retardataires, de la conductrice de la voiture-balai, du journaliste dubitatif et des deux sans-abri qui ont chanté in extremis l’Hymne de l’artiste surnuméraire.

C’était trop beau pour en rester là… et dès le lendemain de la manifestation, Marseille, puis, dans la foulée, Paris, nous ont invités à « délocaliser » la manifestation, encore qu’ils aient pris ce terme en mauvaise part.

Et comme si ça ne suffisait pas… un livre est en préparation autour du thème «Y a trop d'artistes!», avec des textes théoriques de, jusqu’à présent, le philosophe Patrice Maniglier et le critique Stephen Wright, avec le film de la triple manifestation de JeanF Jans. Stephen Wright.

Et puisque ça ne suffit pas…

Revue de presse

L’impertinence de la triple manifestation «Y a trop d’artistes!» n’a pas échappé aux médias les plus avertis, comme Le Village mondial, Les Inrockuptibles & Flux News et des échos sonores en ont été diffusées sur les ondes de la RTBF le 23 février 2006 dans l'émission Le Monde invisible de Thierry Génicot (.mp3) et sur celles de France Inter dans le Quartier libre de Caroline Cartier le 3 octobre 2006 et dans l’émission Kriss Crumble de Kriss Crumble le 8 octobre 2006.