Le vrai sujet : Good Year ou Michelin ? (hommage à Alfred Jarry)

Être sujet, c’est être perceptif
Or les robots bardés de capteurs sensoriels sont plus perceptifs que le plus délicat sujet, sans parler de l’odorat des chiens et des rats.
Or, si l’on ne sait pas vraiment dans quelle mesure les chiens et les rats sont des objets, les robots le sont sans conteste.
Donc être sujet n’est pas être perceptif.

Être sujet, c’est penser par soi-même
Or tout ce qui est pensable a toujours déjà été énoncé par un objet.
Donc la proposition « Je pense par moi-même » est fausse.
Donc un sujet n’est pas ce qui pense par soi-même.

Être sujet, c’est imaginer
Or imaginer renvoie à se-projeter-dans-l’image, image vient d’imago, et imago remonte, via ekmageîon et masso, jusqu’à macerare, « amollir, affaiblir, miner l’esprit ».
Donc, imaginer est la mort de l’esprit.
Or le sujet n’est pas être-pour-la-mort (voir infra).
Donc être sujet n’est pas imaginer.

Être sujet, c’est vouloir
Or faire du sujet un acte de volonté, c’est croire dans sa toute puissance.
Or certains hommes et néanmoins sujets sont impuissants, même au sein du Collectif MANIFESTEMENT.
Donc il ne suffit pas de vouloir pour être sujet.

Être sujet, c’est douter
Or « Je doute » = « Je ne suis pas sûr » et « Je m’en doute » = « En fait, pour le coup, je suis plutôt sûr ».
Donc douter mène à tout et à son contraire.
Or tout et son contraire est indigne d’un sujet qui se respecte.
Or au moins un sujet se respecte : moi.
Donc être sujet n’est pas douter.

Être sujet, c’est désirer
Or Freud est finalement mort.
Donc être sujet n’est pas désirer.

Être sujet, c’est être produit comme sujet
Or être produit définit tout objet (même pour Michel Foucault) et le sujet doit être distingué de l'objet.
Donc être sujet n'est pas être produit comme sujet.

Être sujet, c’est être réprimé
Or cette assertion est deleuzienne, Deleuze commence par « d », d est la 4e lettre de l’alphabet, r est la 18e, le mot réprimé fait 7 lettres, 18 + 7 – 4 = 21, jamais deux sans trois, et 21/3 = 7.
Donc on peut remplacer sans crainte le « r » de réprimé par un « d ».
Or les sujets sous antidépresseur ne sont plus déprimés.
Donc être sujet n’est pas être déprimé, oups, sorry, ce n’est pas être réprimé.

Être sujet, c’est créer
Or créer se fait ex-nihilo et/ou ex-materia, c'est-à-dire avant que la création ne soit effective.
Donc  le sujet préexiste à la création.
Donc être sujet n'est pas créer.

Être sujet, c’est aimer
Or qui m’aime me suit et inversement.
Donc je suis celui qui m’aime.
Donc je m’aime et je me suis.
Or le verbe être n’est pas pronominal.
Donc être sujet n’est pas aimer.

Être sujet, c’est exister
Or exister signifie étymologiquement « être stable » ou « tenir debout ».
Or toute l’histoire de la philosophie et le présent exercice témoignent de ce qu’aucune définition du sujet ne tiendra jamais longtemps debout.
Donc définir le sujet comme existant, c’est comme regarder la lune quand on vous montre le bout du doigt.
Donc être sujet n’est pas exister.

Être sujet, c’est souffrir
Or, surtout à l’extrémité du plaisir, d’aucuns disent : « Souffrez que je me retire ».
Donc il existe une souffrance qui consiste, pour le sujet, à se retirer.
Donc souffrir peut impliquer de retirer le sujet.
Donc souffrir n’est pas le sujet.

Être sujet, c’est dire « Et moi, et moi, et moi ! »
Or Jacques Dutronc n’a « jamais lu Fichte » (Paris Match, 8 septembre 1971 – en couverture), Johann Gottlieb Fichte est le pape de l’idéalisme allemand, Jacques Dutronc « ne parle pas allemand » (Cosmopolitan, 22 août 1997, p. 12) et le moi est le concept central de l’idéalisme allemand.
Donc être sujet n’est pas dire « Et moi, et moi, et moi ! »

Être sujet, c’est ne-pas-être-un-animal
Or « le sujet humain est un animal politique » (Aristote).
Donc être sujet n'est pas ne-pas-être-un-animal.

Être sujet, c’est être en projet
Or, dès lors qu’il se projette comme tel, le sujet devient toujours l’objet du projet.
Donc le sujet, en tant que sujet-se-projettant, est toujours éjecté du projet, en tant que sujet-en-projet.
Donc, dans le cadre d’un projet, le sujet est toujours ce qu’on jette.
Donc être sujet n’est pas être en projet.

Être sujet, c’est croire qu’on l’est
Or c’est celui qui le dit qui l’est.
Donc celui qui ne l’a pas dit ne l’est pas.
Or si tout le monde l’avait dit, on n’en serait pas là.
Donc être sujet n’est pas croire qu’on l’est.

Être sujet, c’est savoir qu’on va mourir
Or certains animaux savent qu’ils vont mourir et la plupart des jeunes se croient immortels.
Donc la proposition « Être sujet, c’est savoir qu’on va mourir » n’est ni nécessaire, ni suffisante.
Donc l’être-pour-la-mort n’est pas le fin mot du sujet.

Être sujet, c’est avoir une histoire
Or Les gens heureux n’ont pas d’histoire.
Or il y a au moins un sujet heureux, fût-ce sans le savoir : vous.
Donc être sujet n’est pas avoir une histoire.

Être sujet, c’est essayer de définir ce qu’est « être sujet »
Or, suivant le principe de non-contradiction, un ensemble contenant A (être sujet) et non-A (ne pas être sujet) est impossible et quelque chose qui ne sait pas ce qu'il est ne peut pas savoir ce qu'il n'est pas.
Or être sujet (A) en essayant de définir ce qu’est A implique de savoir non-A.
Donc il est impossible de définir ce qu’est le sujet.
Donc être sujet n'est pas essayer de définir ce qu'est « être sujet »…

 

… sauf à postuler que « être sujet » n’est pas « être sujet ». Être objet, par exemple... ? Pourquoi pas… ?

 

CONCLUSION :
Le sujet, c’est ce qui ne tient pas la route. Et l’objet ? Ce qui adhère (surtout produit par Good Year… ou Michelin ?)

Quelqu'un pour réaliser le même exercice avec Être objet, c’est... ? Écrire à contact@manifestement.be

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