SALMIGONDIS

À boire et à manger
Si le sujet répugne à être réduit à l’état d'objet, c’est que tout sujet n’est jamais qu’un objet enrobé de subjectivité, dilué dans de la subjectivité, ou éparpillé dans de la subjectivité, comme on voudra. Édifiant point de départ. Encore plus intéressant, c'est par réduction, en cuisine, qu'on parvient à l'exaltation des saveurs, des couleurs, des textures et des arômes. Donc 1) répugner à la réduction est non seulement faire preuve d’aveuglement mais renoncer à mille et un plaisirs, et 2) l’objet est la substantifique moelle du sujet. Bon appétit !

VARIANTE : l’objet s’obtient par distillation du sujet. À votre bonne santé !

Cogito ergo inefficax sum
Pour Descartes, les animaux n’ont pas d’âme, car l’essence de la subjectivité leur est étrangère : ils sont pure mécanique.
En effet, Descartes écrit au Marquis de Newcastle, en 1646, en lui tenant ce langage : « Je sais bien que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m'en étonne pas, car cela même sert à prouver qu'elles agissent naturellement par ressorts ainsi qu'une horloge, laquelle montre bien mieux l'heure que notre jugement ne nous l'enseigne. »
Cette confession est riche d’une double proposition : d’une part, qu’être objet (comme l’animal-machine) permet de faire « mieux » les choses et, d’autre part, qu’il s’agit d’un caractère naturel aux êtres.
Par ailleurs, le mouvement philosophique cartésien revient, par le cogito, à faire de la subjectivité la seule certitude ontologique sur laquelle bâtir une pensée tout en ne l’établissant que comme étape nécessaire au retour vers les objets : bien connaître les objets suppose d’avoir une certitude subjective « compétente » : en d’autres mots, il s’agit de conjurer la faiblesse intrinsèque du sujet de manière à le rendre digne de la compétence naturellement meilleure des objets (instrument de mesure, animaux-machine).
Alors, le sujet a comme horizon supérieur, comme conjuration de sa nature versatile, comme méthode de son être-au-monde, cette idée : c’est en se portant au niveau objectal que le subjectif n’est plus une tare inefficace. Quand il s’agit d’éclairer son jugement, le sujet serait bien inspiré de se faire objet.

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